Une « Place de la Laïcité » à Paris : la ficelle est un peu grosse

Aujourd’hui, je voterai contre la proposition de mes collègues socialistes du Conseil de Paris d’attribuer le nom de « place de la laïcité » à la place dite « Convention », bien connue des habitants du 15ème.

Observons dans un premier temps que cette place est identifiée depuis des temps immémoriaux par les habitants comme étant la « place Convention ».

Qui comprendrait la raison d’une nouvelle dénomination ?

En outre, aucune symbolique particulière ne s’attache à cet endroit à la laïcité.

Enfin, les radicaux de Gauche depuis 2001 dénoncent la politique menée tant par la municipalité parisienne que par la plupart des mairies d’arrondissement en matière de relation avec les religions et les associations cofessionelles. Les exemples abondent.

La laïcité, pour nos amis socialistes et pour toute la droite, est un slogan, un concept fumeux, fourre-tout, qui excuse les gestes envers les cultes et les subventions à leurs structures. Je ne parle même pas du défilé des élus de tout bords aux cérémonies religieuses.

Dans l’attente d’un observatoire municipal de la laïcité, annoncé et sans cesse ajourné, qui définira ce que doit être la relation du politique au religieux à Paris, une place de la laïcité est au mieux une initiative vide de sens.

Laïcité : le Conseil d’Etat ouvre la boite de Pandore

Tribune cosignée par Jean-Michel Baylet,  président du Parti Radical de Gauche, candidat à la primaire citoyenne et Gérard Fellous, secrétaire général de la Commission nationale consultative des droits de l’homme entre 1986 et 2007 ; expert et consultant auprès des Nations unies, de l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la francophonie.

Laïcité : Le Conseil d’Etat ouvre la boite de Pandore

Le Conseil d’Etat vient de donner quelques clés administratives pour « ouvrir » la laïcité, en une interprétation dite « libérale » de la loi de décembre 1905 portant sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Nul ne doute que les tenants d’une « laïcité ouverte », d’une « juste laïcité » ou d’une « laïcité bien comprise », particulièrement parmi les responsables des cultes en France, s’engouffreront dans la brèche pour réécrire la laïcité à leur convenance en la vidant de sa substance. Des pans entiers de l’identité républicaine de la France avaient été remis en cause après un travail de sape mené au cours de débats calamiteux sur « l’identité nationale » ou sur « l’islam et la laïcité ». Les conséquences risquent d’en être catastrophiques.

 Sur la forme, le Conseil d’Etat est sorti de sa réserve en la matière en donnant volontairement une orientation politique à ses délibérations. Tout d’abord en regroupant la publication de cinq arrêts sur des pourvois enregistrés en contentieux entre 2007 et 2008. Ensuite en leur donnant une publicité inaccoutumée, au plus haut niveau, celui de son vice-président qui tint conférence de presse le  19 juillet.

Sur le fond la jurisprudence du Conseil d’Etat prend un tournant en posant trois fondements nouveaux :

En premier lieu, la haute juridiction administrative permet le contournement des interdits de la loi de 1905 sur le financement des cultes sur fonds public en acceptant la confusion entre usage cultuel et usage culturel des lieux de culte. Ainsi une collectivité territoriale peut-elle acquérir un bien « mixte »  « utilisé dans le cadre de sa politique culturelle et éducative » (affaire de l’orgue de la commune de Trélazé). De nombreuses associations cultuelles ont dorénavant la possibilité de se doter de l’excroissance d’une association culturelle pour obtenir des financements publics. De même, un tel financement peut être affecté à un lieu de culte « pour (…) le développement touristique et économique de son territoire » (affaire de la construction d’un ascenseur d’accès à la nef et à la crypte de la basilique de Fourvière, à Lyon).

Le deuxième contournement est, pour la première fois dans la jurisprudence, celui des« intérêts publics locaux ». Les collectivités territoriales pourront prendre des décisions ou financer des projets portant sur des édifices ou des pratiques cultuelles, en déclarant simplement qu’il y va de « l’intérêt public local » : comme pour l’organisation de cours ou de concerts de musique dans un lieu de culte (affaire Trélazé) ; ou pour le « rayonnement culturel » de la basilique de Fourvière. Il suffirait alors à n’importe quel lieu de culte d’être ouvert quelques heures à des visites touristiques pour bénéficier de financements publics.

Le troisième contournement, certainement le plus grave, est celui de la légitimation  officielle d’une pratique jusque-là écartée en France, celle des « dérogations » apportant des « tempéraments » à la loi de 1905, selon la propre formule du Conseil d’Etat. Il en est par exemple du bail de longue durée pour une somme symbolique (emphytéotique administratif) fréquemment conclu jusque-là dans l’illégalité par une collectivité territoriale en vue de la construction d’un édifice destiné à un culte qui est définitivement permis. Déjà largement utilisé pour la construction de lieux de culte, cette formule ne pourra plus, à l’avenir, faire l’objet de contestation.

Autre « dérogation », celle de l’aménagement sur fonds public d’un abattoir rituel (affaire du Mans). Plutôt que d’exiger des entrepreneurs privés – qui sont par ailleurs rétribués par une taxe religieuse à l’abattage à la charge des usagers- qu’ils se conforment « aux impératifs de l’ordre public, en particulier de la salubrité et de la santé public », le Conseil d’Etat inverse la responsabilité en acceptant que, sous ce prétexte, la collectivité locale finance un abattage rituel.

Enfin, le Conseil d’Etat reconnait et accepte la pratique, jusque-là rare et occasionnelle de la mise à disposition d’un local communal pour l’exercice d’un culte (affaire de Montpellier). Toute municipalité pourrait donc créer et mettre à disposition d’un culte une « salle polyvalente à caractère associatif », euphémisme pour offrir un lieu de culte (y compris à des sectes).

Ainsi, la plus haute juridiction administrative consacre-t-elle pour la première fois en France les « accommodements raisonnables » qui viennent de faire débat au Québec où on semble vouloir y renoncer définitivement, tant les imbroglios y furent nombreux et insolubles.

Avec cette nouvelle jurisprudence, le Conseil d’Etat permet à l’Etat de rester vertueux, et dans le même temps de se défausser sur les collectivités territoriales autorisées à financer les cultes. Nous nous trouvons, en la période électorale actuelle, dans une situation rappelant celle de novembre 1989 lorsque le Conseil d’Etat jugea que le port du voile islamique, en tant qu’expression religieuse, dans un établissement scolaire est compatible avec la laïcité. Il fallut attendre 2004 et une loi pour effacer le climat délétère créé alors.

Parue le mardi 30 août 2011

Le Conseil d’Etat ouvre des brèches dans la loi de 1905

Le Parti Radical de Gauche est très inquiet des brèches ouvertes dans la loi de 1905 par les décisions rendues mardi par le Conseil d’Etat.

La plus haute juridiction administrative avait déjà rendu un avis très contestable sur la possibilité d’interdire le port du voile intégral, désormais elle pose les fondements d’une jurisprudence qui vide la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat de sa substance.

Le principe de « l’intérêt public local », les prétextes des « nouveaux cultes » et de l’affirmation des « collectivités locales » servent d’alibi pour donner aux collectivités locales la possibilité de contourner librement la loi de 1905 en habillant leurs délibérations de motifs opportuns.

Candidat à la primaire citoyenne je condamne fermement ces décisions et j’escompte que la Gauche prennent des mesures en 2012 si elle revient au pouvoir pour réaffirmer tous les principes républicains.

Manifestement, l’idée de « laïcité ouverte » véhiculée par le Chef de l’Etat depuis son élection a fait son chemin dans l’esprit des plus hautes autorités de l’Etat et ce sont des pans entiers de notre identité républicaine qui sont remis en cause par le patient travail de sape mené par l’UMP.

Jean-Michel Baylet

Président du PRG

Crèches Confessionnelles : un financement qui pose problème

 Depuis 9 ans, je dénonce inlassablement, au nom des Radicaux de Gauche, l’entorse à la laïcité que représente le financement, par la municipalité, d’une vingtaine de crèches confessionnelles qui n’accueillent pas tous les enfants.

Nos appels à la neutralité commencent à porter leurs fruits puisque depuis un an, ces structures sont conventionnées par la Ville et doivent répondre à des critères de continuité du service rendu à la population.

 Mais le bilan est décevant, 14 crèches sur 19 ferment encore leurs portes le vendredi aprés-midi.

Sans une ouverture à toutes les familles, sans un quota ferme de places réservées aux  mairies d’arrondissements, sans retrait des signes religieux ostentatoires, sans ouverture continue du lundi au vendredi, je persisterai à ne pas voter les subventions à des crèches désireuses de préserver leur mode de fonctionnement communautaire.

Ci-dessous, la dépêche de l’AFP où mon positionnement est évoqué:

AFP : Des élus parisiens relancent la polémique sur les subventions aux crèches confessionnelles

PARIS, 15 décembre 2010 (AFP) – Deux élus du Parti de gauche (PG) ont relancé mercredi le débat sur les subventions aux crèches confessionnelles, au nom de la laïcité, après le vote au Conseil de Paris de nombreuses aides pour des crèches d’obédience juive, dont des associations loubavitch (orthodoxes).
Le PS, l’UMP et le NC ont voté pour ces subventions d’un montant de 2 millions d’euros attribuées pour 14 crèches ou halte-garderies confessionnelles juives. Les élus PCF/PG ont voté contre et les Verts se sont abstenus.
Les conseillers de Paris du PG, Danielle Simonnet et Alexis Corbière, ont « regretté » mercredi auprès de l’AFP ces subventions pour des crèches « qui ne respectent pas la laïcité et les obligations de convention demandées pourtant par la ville elle-même ».
« L’accueil et l’éveil de la petite enfance doivent se faire dans un cadre laïque et universel », ont ajouté les deux élus, très « attachés à la laïcité » et au « refus de voir l’argent public utilisé pour financer des crèches confessionnelles ».
Un autre élu, Gilles Alayrac (PRG), a renchéri sur le même thème : « Nous n’avons ni à cautionner ni à encourager le choix de socialiser des enfants tous petits dans un cadre communautaire. Il est temps de réorienter notre politique municipale vers la laïcité ».
Il a ensuite précisé à l’AFP que ces crèches posaient problèmes notamment parce qu’elles ne sont pas ouvertes tous les jours comme le demande la convention avec la mairie, même si elles ont fait « des efforts ».
Une majorité d’entre elles « ne sont pas ouvertes le vendredi après-midi. Dans ces cas là, leurs subventions sont diminuées de 5 à 10% », a-t-il précisé.
« Elles sont en infraction avec le principe républicain de la laïcité, par exemple on sait que dans certaines crèches il y a des signes ostentatoires religieux au-dessus des berceaux ou que des crèches ne mettent pas à disposition des mairies d’arrondissement un quota de places », a-t-il encore affirmé.
phi/mad/DS
PARIS-COLLECTIVITÉS-SOCIAL-RELIGION-ENFANCE – 15/12/2010 15h59 GMT – AFP